Le genre qui nous séduit a conquis - par le sourire - le Barreau, la Magistrature, le Notariat, les études d’Huissier et la Chancellerie. En attendant la Présidence de la République, le Beau Sexe n’a pas fini pourtant de rencontrer des résistances éhontées...et « langagières » !

Car la mode est à la féminisation des mots, même quand il faut se résoudre à des opérations de chirurgie esthétique discutables, tournant parfois à la charcuterie absconse.

On appréciera d’être passé du « Madame Le Président » à « Madame la Présidente », mais s’il s’agit d’une « Conseillère », le pli est moins évident à prendre...et à recevoir par écrit ! Sans parler de la « Procureure » ou de la « Défenseure des enfants », ni oublier la « Docteure », qui semble vouloir remplacer la « Doctoresse », en attendant l’«Experte »... Mais toutes les Avocates vous le diront, il est un mot qui résiste mordicus : TEMOIN.

Pourtant dans les mariages, il y en a habituellement autant des deux sexes, sans que cette parité idéale et bienvenue ait trouvé sa consécration dans notre langue. C’est un scandale ignoble, auquel un avocat mâle et cacochyme se doit de chercher remède, ne serait-ce que pour se faire pardonner de n’avoir pas encore digéré parfaitement l’apellation désormais contrôlée Avocate...

Le témoin a un rôle éminent dans le procès pénal, et les conditions de son audition ont été réaménagées (art.442-1 du CPP créé par la loi du 15 Juin 2000). Mais à quoi sert tout ce décorum, si l’on ne sait même pas comment appeller « une témoin » ? Cela paralyse la défense comme l’accusation, sans parler de La présidence de l’audience ! Est-il acceptable que le(la) magistrat(e) s’adresse à l’huissier(e) en lui disant : « faites entrer le témoin suivant », si c’est une suivante ?

Assénons tout de suite qu’il est exclu d’utiliser « témoine suivante », pour une raison d’évidence, qui ne sera donc pas analysée, et cherchons un autre mot, qui puisse nous mettre tous d’accord.

Dans le procès civil, il y a plus d’attestations(art.202 CPC) que de témoignages à proprement parler . On ne regrettera certes pas ces enquêtes civiles ordonnées par le passé, notamment dans des affaires de divorce, pour déterminer des torts aux conséquences pécuniaires trop évidentes... Mais l’enquête civile reste possible(art.206 CPC), même si les juges y répugnent, préférant parfois entendre les enfants mineurs, qui ne peuvent cependant alors être qualifiés de témoins (art.338-1 CPC).

L’attestation a sur le témoignage un avantage décisif (outre celui de l’écrit sur l’oral), c’est que son auteur est féminisable : l’attestant changeant de sexe devient l’ATTESTANTE ! Voilà une solution qu’elle est bonne [veuillez m’excuser : parfois mon langage est phagocyté par mes jeunes client(e)s...] ! Remplaçons dans tous les codes Témoin par Attestant.

Je propose donc au Conseil de l’Ordre d’adopter une motion en ce sens, qui pourrait être transmise à l’un de nos récents invités, Monsieur Laurent Fabius, sous forme de proposition de loi, à examiner suivant la procédure d’urgence par le Parlement. Nous savons bien en effet qu’en France il faut une loi pour que les choses changent, et qu’en matière d’égalité des sexes il y a tant à faire !

Je dédie ce petit billet d’humeur à toutes celles sans qui nos cabinets, comme notre Palais ou notre Conseil de l’Ordre, seraient ennuyeux à mourir : les femmes qui ont choisi de défendre, et qui – parfois à mes dépens - le font si bien. Leur qualité ne dépend pas de leur étiquette !

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